En juillet 2026, Sony a annoncé l’arrêt définitif de la production de jeux vidéos physique sur disque dès janvier 2028. Sony applique aujourd’hui au jeu vidéo la même recette de dématérialisation qu’elle a subie et accompagnée dans la musique.
Dans les années 1980, Sony a co-inventé le CD (Disque Compact) avec Philips. Elle a bâti son empire (et sa filiale Sony Music) sur la vente de ces disques physiques.En 1994, elle a utilisé cette force pour écraser Nintendo en imposant le format CD sur la PlayStation (PS1).
Trente ans plus tard, la firme fait volte-face et décide d’enterrer définitivement son propre héritage physique.

Le grand paradoxe du dématérialisé
A court terme, supprimer le disque physique élimine les coûts de pressage, de transport, de stockage, d’intermédiaires (Micromania, Fnac, Amazon…) et les retours d’impayés. C’est une marge brute immédiate forte. Mais à long terme, céder 100 % du canal de distribution à un seul acteur (Sony/PlayStation Store), c’est une autre histoire.

Beaucoup de questions se posent
Qui dit que le jeu va rester dans le catalogue en ligne ? Que faudrait‑il faire pour y rester ? Sony pourrait très bien imposer un paiement de plus en plus cher pour que les studios et les développeurs de jeux y reste.
Ensuite, c’est quoi ? Des espaces publicitaires pour promouvoir le jeu face à des très gros studios qui ont du budget, plus Netflix et autres qui font leur pub film en lien avec le jeu ?
Et en cas d’embrouilles ou de changement de direction, qui dit que les jeux du catalogue ne vont pas sauter ? Impossible donc pour mes joueurs de le télécharger ? Est‑ce que les mises à jour seraient impactées ?
Et dans un cas, même aujourd’hui faible, où Sony fermerait, ok, quelqu’un reprend le tout… mais au bout de combien de temps ? Et avec quelles nouvelles règles ?
Le catalogue et la dépendance
Dans un monde sans disque, si le jeu est retiré du PlayStation Store (pour des questions de droits de musique expirés, des failles de sécurité, des changements de CGU ou un litige juridique), il cesse d’exister.
Que faut-il pour y rester ?
Si demain Sony exige l’intégration obligatoire d’un certain SDK, le respect d’une charte d’inclusivité ou le paiement d’une taxe sur l’usage de leurs serveurs pour le multijoueur, l’éditeur n’aura d’autre choix que d’accepter sans discuter les mises à jour des contrats d’édition (NDA / Developer Agreement) de Sony.
En étant le seul guichet, rien ne l’empêche de faire évoluer son modèle économique.
Hauteur des commissions
La taxe déjà très élevée de 30 % pourrait augmenter et de nouvelles redevances (frais de validation de patch, frais d’hébergement pour les gros fichiers) pourraient réapparaître.
Sans rayon physique pour exposer le jeu en magasin, la page d’accueil du PS Store devient l’unique « vitrine du monde ». Les gros éditeurs (EA, Ubisoft, Tencent..) ou ceux adossés à des géants du divertissement (Netflix) rachèteront tous les carrousels publicitaires et espaces « A la une ». Les indés et moyens studios deviendront invisibles.
La licence n’est pas « à vie »
En théorie, les joueurs qui possèdent déjà une licence numérique peuvent la re-télécharger.
En pratique, la licence n’appartient pas au joueur (c’est un simple droit d’accès révocable).
Si Sony décide de fermer totalement l’accès aux serveurs du jeu pour des raisons juridiques ou d’infrastructure, plus personne ne peut le télécharger ni le patcher. Si le jeu est banni ou retiré du store, le déploiement des patchs de correction est bloqué. Le jeu reste dans l’état où il était au moment du retrait.
Le cas de la faillite ou du rachat du constructeur
C’est un scénario extrême mais possible. Si Sony Interactive Entertainment venait à faire faillite ou si la division console était cédée aucun délai légal ne serait garanti. Il n’existe aujourd’hui aucun cadre juridique mondial imposant le maintien des serveurs en cas de liquidation. Un repreneur mettrait des mois (voire des années) à restructurer les contrats d’infrastructures cloud.
Le repreneur pourrait renégocier l’intégralité des contrats avec les éditeurs ou appliquer de nouveaux tarifs unilatéraux. Sans disques en circulation, les joueurs n’auraient absolument aucun moyen d’accéder à leurs ludothèques durant cette période.

C’est pour toutes ces questions et plus encore que des actions collectives et des mouvements de consommateurs (comme le projet européen Stop Killing Games) et des organismes de défense de la concurrence attaquent ce monopole du marché numérique. En abandonnant le physique, les éditeurs troquent leur liberté commerciale future contre une rentabilité immédiate.
