Il y a un point positif dans ce qu’est devenu le live aujourd’hui, on n’entend plus les régisseurs et les gars de la maintenance. Plus personne ne saute sur les fauteuils et les banquettes restent intactes (quand tu ne vends pas de pop-corn). La foule a troqué son énergie contre une immobilisation totale. Défilés et photo shoots remplacent les sauts et les chaussures sur les sièges.
Le bonheur des uns fait le malheur des tapissiers d’ameublement.

I. Le GPU* du cerveau en PLS
Le problème en soirée, en boîte, est que certains osent encore faire ce pour quoi ils ont payé leur entrée : danser !
Et là, on a des cerveaux qui bug face à ce spectacle visiblement surnaturel pour eux.
La « gênance » s’installe en eux et les voilà gêner pour les autres, à la limite de l’AVC, à 18 ans.
Pire, ils vont filmer pour se moquer. D’autres encore, derrière leur écran, dans tous les coins du pays, vont se moquer à leur tour. La peur du ridicule est devenue ridicule.
Et ce sont des scènes que l’on retrouve dans des Arena remplies de 30 000 personnes qui observent et qui filment ceux qui sont dans la fosse en train de filmer celui qui danse. Au final tu as à peine une quinzaine de personnes qui dansent réellement.
*Graphics Processing Unit (carte graphique)
II. Le Snap avant le son
La honte de danser a créé une population qui préfère poser. Le public se met en scène, se filme, se regarde, se juge. Le concert devient un miroir géant où chacun s’admire.
Téléphone levés, bras figés, corps immobiles sauf pour le défilé qui consistent à déambuler jusqu’aux wc.
Les soirées de ce style sont visibles sur Snapchat ou d’autres réseaux et tout aussi critiquées en masse.
Pour 1 personne qui danse, 5 qui filment, 10 qui critiquent ceux qui filment, 15 qui filment ceux qui critiquent ceux qui filment puis 100 qui critiquent, depuis leur canapé, tout ce petit monde.
Le public ne danse plus, il documente le néant.
III. Remettre du vrai dans le live
- On ne peut nier la responsabilité des organisateurs
Même si des propriétaires de salles ont souvent tendance à sur‑exagérer les tarifs de ménage, parfois à quatre chiffres pour une journée, les orgas préfèrent encore voir deux cents gobelets au sol qui prouvent qu’il y a eu du passage.
Le problème est que certains vendent des soirées comme des rêves, illustrées avec des fausses photos sorties d’un prompt qui n’a aucun rapport avec la réalité. Ils enjolivent tout, ils maquillent l’événement, ils mentent sur les guests. Le public arrive dans un décor qui ne ressemble pas à ce qu’on lui a vendu, il se sent trompé, il se fige, il se filme et la soirée perd son énergie avant même d’avoir commencé
Il y a des solutions et elles reviennent un peu partout :
- La première consiste à recréer des zones sans téléphone. Certains organisateurs de mariage le font déjà avec des pochettes bloquées à l’entrée, tu récupères ton téléphone à la sortie et tu vis le moment.
- La deuxième, à occuper le public autrement, avec des espaces pour danser, des animations en fosse, des cercles qui s’ouvrent, des moments où la lumière pousse à bouger.
- Et une troisième solution facile consiste à offrir l’entrée aux personnes qui dansent, avec un contrat clair. L’idée est de proposer de venir à l’event à condition de rester à l’avant et de profiter du moment sans se préoccuper de ce qu’il y a autour. Ceux qui filment finiront par se sentir bêtes à rester plantés là, à rire de choses qui ne sont même pas drôles.
* Et les lasers ?
Nouveau problème qui est aussi une solution, les lasers !
De plus en plus de cas montrent des téléphones abîmés par les faisceaux. Apple dit : « les lasers causent des dommages, (…) il ne faut pas exposer directement l’objectif aux faisceaux, ils peuvent endommager le capteur d’image et provoquer un dysfonctionnement. Même en exposition indirecte, avec un faisceau qui rebondit sur une surface réfléchissante, le risque pour le capteur CMOS reste important. »
L’International Laser Display Association le rappelle aussi : « les lasers de concert sont souvent sans danger pour les yeux mais ils peuvent facilement griller les capteurs des téléphones, surtout quand le faisceau entre directement dans l’objectif ». On a vu des cas à Rock in Rio et sur des shows avec beaucoup de lasers où des téléphones sont revenus avec des lignes colorées et des points blancs définitifs.
La responsabilité bouge.
Un organisateur doit vérifier son assurance et faire des avertissements pour une utilisation sans danger. Certains producteurs évitent déjà de viser le matériel vidéo pro, mais ils ne peuvent pas être responsables de chaque téléphone dans la poche de tout le monde. De plus en plus de salles ajoutent une ligne dans leurs conditions, interdiction de filmer sous laser et préviennent que tout dommage au capteur ne sera pas pris en charge.
Le public baisse le téléphone, le public regarde la scène et le concert retrouve un peu de mouv’.
